Cactus, je suis affreusement désolée.
Pire que ça.
Telle que vous me lisez, à cette heure une fois de plus exagérément tardive, je suis contrite, navrée, consternée.
La longueur de votre message, le sérieux (l'amertume ?) qui l'irriguait, sans parler de l'absence totale de contrepèterie ou de jeu de mot, aussi incongrue et choquante qu'un Marx Brother déprimé, m'ont abasourdie.
Croyez-moi, Cactus, je ne voulais pas faire ça.
Je ne le ferai plus.
D'ailleurs, je m'en vais dès ce soir. Hélène Marzolf prend le relais dès lundi. Elle a juré (enfin, elle ne le sait pas encore mais ce n'est qu'une question de temps) de ne regarder que des émissions légères et rigolotes, et de s'abstenir de faire des plaisanteries douteuses sur les dures réalités du monde télévisuel, celles qui nous font vaticiner pendant des heures autour de la table du déjeuner, et radoter plus qu'à notre tour dans les pages de Télérama papier (si j'avais reçu une tablette de chocolat au nougat chaque fois que j'ai terminé un commentaire par "formidable émission, dommage qu'elle soit réservée aux insomniaques", mes réserves d'antidépresseurs seraient assurées jusqu'à la fin de mes jours).
Bon.
Pour tout dire, je recule le moment de vous avouer la terrible vérité : je n'ai pas regardé la télévision hier soir. Des gens qui me veulent pourtant du bien m'ont entraînée au théâtre voir Chaise, d'Edward Bond. Rassurez-vous, j'ai été punie : cette pièce est un tel monument de glauquerie qu'à côté d'elle, les épisodes les plus crados de la troisième saison de Nip/Tuck ressemblent à un best of des aventures de Tchoupi.
J'ai essayé de me rattraper comme j'ai pu, aujourd'hui, vers 10h45. La télé du matin, je ne la connais pas bien, parce que je ne la regarde jamais. Je m'attendais à des surprises. De fait, en zappant sur France 2, je suis tombée sur une secte encore plus étrange que celles des choristes stagiaires. Les adeptes s'y prêtent à un curieux rituel à base de chiffres et de lettres, très différent de celui que je regardais chez mes grands-parents quand j'étais petite. Ça s'appelle Motus, il paraît que ça existe depuis très longtemps, et je n'y pige absolument RIEN. Il s'agit de partir de Pistache pour arriver à Pivoines (ou Sinusite à Symboles, ou de Douaires à Dénivelé), selon une logique qui m'échappe. Il y a des lettres qui restent rouges, d'autres qui deviennent jaunes, les candidats ne sont pas obligés d'en tenir compte, ou alors si, mais je ne sais pas comment, et à la fin, le mot gagnant clignote en rouge et le public, manifestement mieux informé que moi sur ce qui vient de se passer, applaudit à tout rompre. De temps en temps, un candidat mélange des petites balles pourvues de chiffre, comme au loto, et ça modifie une grille de chiffres tout aussi énigmatique et scintillante que la grille des mots. Le tout crée une atmosphère ésotérique en diable, à peine gâchée par le plateau tristounet et l'ennui épais qu'exsude l'animateur (Thierry Beccaro).
J'aurais dû partir tout de suite, mais ça me vexait horriblement de ne pas comprendre. Alors j'ai continué à scruter les grilles, en quête d'indices. Heureusement pour mon cerveau, qui commençait à fumer sévère, le téléphone a sonné. C'était Florence Broizat, à qui j'ai communiqué ma perplexité. Elle m'a dit d'un ton sagace : "Motus, ça ne se comprend pas. Ça se vit." J'ai décidé de m'en tenir à cette explication, et d'aller jouer à un jeu plus simple, en l'occurence le Maillon Faible, version DVD interactif. Mes camarades Lise Henriot, Erwan Desplanques, Hugo Cassavetti et Lucas Armati étaient de la partie. Je ne voudrais pas cafter, mais ce genre d'expérience libère les plus bas instincts des gens les mieux éduqués. Je ne vous donnerai pas de détails (j'ai peur des représailles). Sachez seulement que, comme il y a une justice, Lucas s'est fait éjecter dès la première manche, Erwan n'a pas survécu à la deuxième, Hugo a réussi à s'auto-éliminer à la fin de la troisième, et même si Lise a gagné, je sais, moi, qui méritait de remporter les 1500 euros virtuels lors du duel final.
A part ça, Laurence Boccolini est plus intéressante sur la vraie télé que sur l'écran de mon ordinateur. Le stock de remarques désagréables contenu dans le DVD est moins riche, et plus ça se répète, moins c'est drôle. Je ne suis donc pas sûre de vous recommander vraiment l'achat du DVD du Maillon Faible, sauf si vous voulez connaître la vérité sur vos camarades de bureau.
Sur ce, je prends congé, en vous souhaitant plein de bonnes choses pour l'automne et la suite. Quoi qu'en pense Lily, j'ai eu grand plaisir à bloguer avec vous cette semaine.
PS (rubrique "questions diverses")
- Djac,j'ai votre info : la délocalisation du blog se produira lorsque Emmanuelle Dasque, installée à New-York depuis août, en prendra les commandes pour vous offrir une semaine de télévision nord-américaine. J'ai rempli ma mission. Aboulez le chocolat.
- Gregory, François Gorin refuse de me dire qui est Zélie, et ce n'est pas faute de l'avoir torturé (je l'ai obligé à regarder l'intégralité de trois numéros de Sans aucun doute sans pause déjeuner). Je renonce donc. Pour ce qui est du code Pantone, j'avoue ma défaite. Réessayez avec Hélène, on ne sait jamais. Pour ce qui est du déménagement, vous ne trouvez pas que le bon air du 13e arrondissement suffit à justifier notre prochaine délocalisation ? Et quant au numéro des filles célibataires du service télé, bravo, bien essayé !
- Anna, en plus des premières affiches qui se moquaient de la façon dont nous abusons du mot "décalé", j'ai identifié les sept extraits de lettres suivants :
1/ Attention: photo truquée dans Télérama n°2835, p.49 ! Godard sourit !"
2 /Pink TV première chaîne gay : cela fait donc trente ans que je regarde des chaînes hétéros ?"
3/ "Navarro, Cordier, Maigret, Moulin... Vous en connaissez beaucoup, vous, des flics en exercice à 60 ou 70 ans ? Place aux jeunes !"
4/"Bravo et merci à Télérama pour ce petit coup de pouce à ces deux acteurs méconnus mais en devenir, Gérard D. et Fanny A. Télérama n'hésite pas à se mouiller."
5/ "ce qui est extraordinaire, ce n'est pas que 50% des Français soient mécontents de la télé, mais c'est qu'il s'en trouve 50% de satisfaits !"
6/ "J'ai enfin compris pourquoi les frères Dardenne travaillent à deux. Un qui tient la caméra, et l'autre qui le chatouille."
7/ "Dimanche 15 janvier. Vivement Dimanche. Nicolas Sarkozy devrait faire attention. C'est déjà la 3e fois qu'il invite Michel Drucker dans son émission"
Rédigé par Sophie Bourdais le 6 octobre 2006
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